MÈRE(S)
Durant plus de deux années, entre 2023 et 2025, dans le quartier de la Belle de Mai, Organon Art Cie invite, enfants, ados, femmes, mamans, grands-mères, habitants et habitantes du 3ᵉ à réécrire en commun La Mère de Bertolt Brecht.
Une femme, seule, pauvre avec son fils rencontre l’émancipation sur le chemin de la subsistance. Le texte La Mère de Bertolt Brecht nous servira de boussole pour dégager des perspectives agissantes sur notre réel.
Ce spectacle collaboratif crée un maillage entre récits intimes et historiques, permettant d’interroger, durant deux années de travail, l’existence socio-politique particulière d’une identité dépolitisée, récupérée et malmenée : celle des mères. Par la mise en récit de chacun, proposition est faite de se cartographier pour mieux comprendre les structures agissantes sur nous tous. En convoquant des outils esthétiques et politiques, Organon Art Cie crée un collectif de recherche créatif au sein duquel la représentation devient un enjeu de lutte concret.
“D’abord la bouffe, ensuite la morale” écrivait Brecht dans son Opéra de Quat’sous. En suivant cet adage, nous proposons de recomposer de nouvelles voies d’émancipations par lesquelles la révolution cesse d’être un mot vainement performatif. Le temps de la représentation, un plateau se transforme en lieu de fête pour célébrer la puissance d’un “déjà-là révolutionnaire”. Celui de notre devenir-mère.
GENÈSE
Dans le quartier de la Belle de Mai à Marseille, le confinement a accentué les rôles sociaux des mères, les propulsant dans l'entraide communautaire et les incitant à jouer un rôle plus actif dans les enjeux politiques, locaux et sociaux.
Le besoin de répondre aux défis socio-économiques a politisé ces mères, les amenant à s'engager activement dans des discussions sur les inégalités, la marginalisation et les problèmes systémiques.
Ce n’est pas parce que nous y sommes nés, que nous avons choisi de travailler à la Belle de Mai.
Cette partie de l’espace urbain est composée d’un palimpseste de cartes, qui toutes et chacune, racontent un pan de notre Histoire et de notre société. La Révolution française, l’industrialisation et la conscience ouvrière, les immigrations du 19ᵉ siècle à nos jours, les colonisations et les décolonisations, les trente glorieuses, leur effondrement, les migrations, l’habitat insalubre et la gentrification, le clientélisme et la mafia suintent des murs et des imaginaires de ce quartier pauvre et terriblement riche.
Tous les habitants de ce quartier côtoient un morceau de trottoir auquel est rattachée une narration du destin collectif.
La Belle de Mai a été pendant longtemps un quartier ouvrier et industriel, avec de nombreuses usines et entrepôts. Après la fermeture de ces industries, le quartier a connu un déclin économique et social. Malgré sa transformation, la Belle de Mai reste confrontée à des problèmes sociaux et économiques tels que le chômage, la pauvreté, l’exclusion sociale, le logement précaire. La gentrification est également un sujet de préoccupation pour certains habitants du quartier.
Invitation est donc faite à revisiter les processus amenant les habitants et habitantes à faire société d’entraide et à réinvestir à l’échelle d’un quartier, une implication sociale et politique jusque-là désertée.
BERTOLT BRECHT
Dramaturge, écrivain, poète et metteur en scène allemand, Bertolt Brecht est une pierre angulaire de la composition artistique d’Organon Art Cie.
Les préceptes esthético-politique qu’il participe à bâtir continuent de structurer nombre de créations contemporaines. Sa trace est indélébile. La précision de son geste, rénovateur du théâtre, implacable.
En France, pour qualifier plusieurs de ses textes, on parle de “pièces pédagogiques”, dont le cœur serait la transmission d’un argument dogmatique et descendant, adressé à un public, que l’on souhaite ouvrier. Éduquer les masses par la mise en scène de problématiques socio-économiques jusqu’alors mal comprises ou ignorées par elleux.
C’est évacuer la complexité de ce qu’il conviendrait mieux de nommer “pièce d’apprentissage” ou “lehrstück”, dont La Mère fait partie, modèle de création singulier dont la (re)découverte nous permet de modifier la structuration du process créatif.
Le lehrstück comme objet et comme moyen :
On pourrait dire que la pièce « La Mère », dont la dernière version du Brecht-Kollektiv date de 1931, figure comme la découverte de l’interdépendance ; l’interdépendance de l’individu avec le collectif humain mais aussi l’interdépendance entre des superstructures politiques et économiques.
La pièce correspond à un récit initiatique d’une politisation. En effet, la mère Pélagie Vlassova découvre que les problèmes qui constituent son microcosme individuel prennent racine dans les problématiques structurelles du macrocosme sociétal. Dans le sens de Marx, il s’agit de la conscientisation de l’interdépendance entre l’infrastructure (la base matérielle) et les superstructures politiques.
Ainsi, la maigre soupe que la mère cuisine honteusement pour son fils n’est qu’un symptôme d’un dysfonctionnement bien plus fondamental et dont la responsabilité n’incombe que très peu à l’individu. Les cloisons de la cuisine deviennent alors transparentes et laissent apparaître ce qu’une des participantes au projet « Mère(s) », Marcelline Ndinsen, résume lors d’un entretien qu’Organon réalise avec elle à propos de son engagement pour les potagers collectifs : « On oublie que manger est toujours le fruit de multiples relations et coopérations humaines et environnementales. Se nourrir ne peut que se faire collectivement, en sortant de sa cuisine, dans le partage des forces et des savoirs. »
C’est sur la nécessité de l’observation, de la reproduction ludique et de l’analyse de ces interactions que Brecht fonde sa théorie du Lehrstück.
Dans ses notes sur le « Fragment Fatzer » (1930) Brecht explique : “Moi qui écris, je n'ai pas besoin de finir quoi que ce soit. Il suffit que je m'instruise. Je ne fais que diriger l'enquête”.
Pour le dire autrement : le texte du Lehrstück est à la fois un objet et un moyen d'étude, un outil.
La volonté d’abolition de l’illusion et de l’identification au sein du théâtre épique brechtien place l’acteur comme le spectateur (traditionnellement passif) dans une position d’usager, au moins intellectuellement. Il provoque une position de prise de distance qui induit la réflexion et la critique. Ainsi, là où le théâtre de Brecht émancipe l’acteur et active le spectateur, il préfigure l’idée de participation (artistique et politique), se tenant au cœur de l’art en commun.
De son vivant, les travaux théoriques de Brecht attirent déjà autant l'attention que ses pièces. Mais le poids de la théorie au sein de l'ensemble de l'œuvre s’avère encore plus important depuis la publication dans les années 1960 des « Œuvres complètes », issues entre autres, du legs théorico-critique après la mort de l’auteur.
Brecht énonce deux règles fondamentales pour le travail avec le Lehrstück :
« Le Lehrstück enseigne parce qu'il est joué, et non parce qu'il est vu. En principe, le spectateur n'est pas nécessaire pour le Lehrstück [...]. Le Lehrstück repose sur l'attente que celui qui le joue puisse être influencé à un niveau sociologique par l'exécution de certaines actions, l'adoption de certaines attitudes, la restitution de certains discours, etc. »
Ainsi, un des modèles pour le Lehrstück est l'apprentissage enfantin par imitation. Par une connaissance pratique, voire physique, de certains modes d'action, les joueurs s’instruisent d’une manière très élémentaire sur le faire et l’interagir humain. Par cette mise en expérimentation consciente, l’opacité du réel peut se dissoudre. C’est dans cet impact indirect sur les réalités des participants que réside la mission du Lehrstück.
Car même s'il s’agit d’une fiction, la manière d’interagir, de se positionner et d’agir est édifiante pour savoir mieux se situer sur le terrain du réel, « se cartographier » pour reprendre l’expression de Fabien-Aïssa Busetta.
Dans sa définition du Lehrstück, Brecht ne songe pas à l’acteur professionnel, ni à l’amateur en cours de professionnalisation. Il ne s’agit pas d’un apprentissage des techniques du jeu d’acteur ; l’objectif du Lehrstück n’est jamais un enseignement artistique, il ne s’agit pas d’apprendre « à faire du théâtre », selon l’auteur. Et en effet, les participantes des créations d’Organon, notamment pour « Mère(s) » ne viennent pas pour un « atelier théâtre ». Le désir de jouer et de présenter publiquement l’œuvre d’art en commun ne relève donc pas d’une idée d’accomplissement artistique individuel mais se fonde sur la nécessité de partager avec les coproducteurs et le public les questions et réponses que le travail artistique soulève.
Kathrin Julie Zenker
MANUFACTURE #1 : EN RECHERCHE
Le soutien financier offert par la Fondation de France dans le cadre de leur programme “l’art comme expérience” nous permet de développer un nouveau volet méthodologique de notre processus de création : une période initiale de recherche et d’élaboration théorique autour des ambitions esthético-sociale de Mère(s).
L’occasion pour une partie de l’équipe artistique d’organiser en décembre 2023 un séjour à Berlin, d’engager des recherches au sein des archives Brecht et Hanns Eisler, pour avoir accès à des documents uniques au sujet des montages de La Mère, produit par Brecht.
Ses cahiers de mise en scène ou photographies de répétitions nous permettent de densifier notre rapport sensible à la création qui nous précède et de perfectionner notre connaissance des préceptes artistiques brechtien. Que notre ambition de réécriture ne soit pas une opposition cosmétique à des représentations fantasmées, mais justifiée par un dialogue constant avec le regard de l’auteur, en son temps.
Notre situation géopolitique en 2024 n’est évidemment pas la même que celle fréquentée par Brecht en 1931, les rapports de forces politiques non plus, et il nous faut trouver ce que ce dernier a à nous enseigner, décoder l’avance qu’il a sur nous. Comment faire résonner ce texte à l’aune d’enjeux contemporains.
Situation initiale :
La Mère de Bertolt Brecht est déjà une réécriture, d’un texte éponyme de Maxime Gorki publié en 1906. Brecht réutilise la figure de Pélagie Vlassova, militante russe historique mais fictionnalisée, pour tracer les contours d’un parcours de politisation.
Mère d’ouvrier, veuve d’ouvrier, cette dernière ne voit pas d’issue à la misère qu’elle fréquente quotidiennement. Elle ne peut mettre aucune graisse dans la soupe qu’elle prépare à son fils. Pas même une demi-cuillerée. La politique ne la concerne pas. Le militantisme l’effraie. Elle ne se mêle pas des affaires publiques mais souhaite uniquement pouvoir se sortir d’une condition malheureuse.
Seule. Par elle-même.
Pavel Vlassov, son fils, n’est pas du même avis. Il se politise, milite auprès de camarades ouvriers, imprime des tracts et défie la tyrannie du pouvoir tsariste.
Cette mère, illettrée et apolitique, mais bouleversée d’inquiétude pour son fils, décide de le protéger, entre dans les instances militantes de l’usine, part distribuer des tracts, pour que Pavel ne tombe pas. Pour lui éviter tout risque.
C’est par cette porte dérobée, celle de la protection et de l’amour, que Pélagie Vlassova entre en politique. Et Brecht de nous ouvrir la voie pour décoder les mystères de ce chemin semé d’embûche : comment entrer en politique quand les structures libérales nous en détourne ?
En atelier :
Le texte de Brecht, écrit en 1931, est une pièce musicale, dont les partitions sont composées par Hanns Eisler.
Partant de ce matériau initiale, la compagnie propose aux participants une forme cabaret pour entrer de façon ludique dans ce texte relativement sec et austère. Les références explicites à la doctrine communiste (avant la chute de l’URSS), le jargon partisan d’un marxisme orthodoxe éloignent les lecteurs contemporains des enjeux qui sont les leurs.
En effet, au milieu de la pièce la figure de la mère disparait pour laisser place à l’éloge d’un communisme mécanique et daté.
L’enjeux central est donc, sur cette première partie d’année, de faire remonter les tendances contemporaines profonde du texte, de créer un lien organique et cathartique entre les participants et la figure de Pélagie Vlassova.
Un grand travail chorégraphique est accompli par Aurélien Desclozeaux ainsi que Lola Rouge, assistante de ce dernier sur la première partie du projet. Divers ateliers sont proposés autours de la corporalité et du rapport à la scène, à l’esthétique “cabaret”, dont la légèreté apparente permet de faire remonter la profondeur des enjeux.
Parallèlement à cela, des ateliers théâtres, photos, vidéos et chants permettent à chacun de prendre sa part au plateau en vue d’une première étape de travail programmée à la Friche de la Belle de Mai.
Pour l’occasion, Vincent-Beer Demander produit plusieurs arrangements des partitions de Hanns Eisler, pour les adapter à la forme cabaret, et dirige son orchestre à plectre pour nous accompagner musicalement sur scène.
PREMIÈRE ÉTAPE DE TRAVAIL : “FAITES VOS JEUX”
Le 07 avril 2024, sur le Grand Plateau de la Friche la Belle de Mai, une première étape de travail du projet Mère(s) est organisée, sous une forme cabaret, permettant aux spectateurs et aux participants de traverser la première moitié du texte de Brecht.
Ce premier montage s’attarde sur la nécessité de faire émerger une ambiance fédératrice au sein du groupe, où l’austérité de l’écriture brechtienne laisse sa place à l’affect de joie, central pour constituer un horizon créatif accessible à toustes.
Cette forme cabaret s’appuie sur les chants composés par Hanns Eisler et arrangés (ou réécrits, pour certains) par Vincent Beer-Demander.
Sur cette scène, l’histoire de Pélagie Vlassova, révolutionnaire de Tver, se calque, se fond et se confond avec celle de Farida Benkhelfallah, figure militante du quartier, fédératrice et en pleine politisation.
La présentation a rassemblé plus de 350 personnes dans le public, et près de 90 participants sur scène.
MANUFACTURE #2 : LES SCOLAIRES :
École National
Un nouveau partenariat avec l’école primaire National est organisé entre Organon et les classes de CM1 et CM2.
Proposition est faite aux enfants de fabriquer des marionnettes, inspirées de leur propre mères et à inclure dans le montage scénique finale de la compagnie.
Ici encore, la pluridisciplinarité d’Organon permet de superviser divers ateliers, de théâtre d’abord (pour remettre en jeu les questions liées à la pièce de Brecht), puis dessin, poterie, couture, pour assumer tout le processus de création et permettre aux enfants de satisfaire leur désir de création à l’aune des enjeux portés par le texte de Brecht.
Une seconde année au côté de l’école National nous permet de proposer un nouvel atelier de podcast, durant lequel une réécriture de La Mère de Brecht permet de traverser tous les événements majeurs de la pièce, sous forme de feuilleton radiophonique.
Une création sonore mêlant jeu, chant, et musique en cours de production au côté de Radio Grenouille.
Collège Quinet
Dans le cadre de “L’école Ouverte”, dispositif mis en place par le collège pour proposer divers ateliers aux élèves durant les vacances scolaires, Organon Art Cie organise un atelier cinéma, sous la direction de Solène Charrasse (artiste vidéaste) et Joséphine de Beaufort (assistante à la mise en scène).
Les deux intervenantes proposent aux élèves de réaliser des cinétract, autour des enjeux politiques chers aux élèves, et invitent ces derniers à L’Usine de films amateurs de Michel Gondry au Château de la Buzine, pour réaliser un court métrage écrit par elles et eux.
Lycée Victor Hugo
Durant la première partie de l’année scolaire 2024, Valérie Trébor et Fabien-Aïssa Busetta proposent, au côté des services civiques de la compagnie, un atelier théâtre aux élèves de Victor Hugo autour du texte de Brecht.
L’objectif final est de créer une mise en scène exclusive et publique de cette pièce sur le Petit Plateau de la Friche la Belle de Mai, sous forme de tournage live.
Y seront inclus plusieurs créations musicales et textuelles des élèves, sous forme de freestyle - rap, en résonance avec les problématiques de La Mère.
DEUXIÈME ÉTAPE DE TRAVAIL : “LA TROISIÈME CHOSE”
Le 10 juillet 2024, sur le Grand Plateau de la Friche la Belle de Mai, une seconde étape de travail du projet Mère(s) est organisée par Organon Art Cie.
En 1931, Brecht écrit La Mère ou vie de la Révolutionnaire Pélagie Vlassova.
Quatre-vingt-treize ans plus tard, Organon Art Cie utilise ce texte comme boussole, en vue de dégager des perspectives agissantes sur notre réel. Sous forme de récit choral, invitation est faite à trouver sa part au plateau. À éprouver ce que l’expérience particulière contient de collectif.
À fabriquer son devenir-mère.
Parallèlement à nos interventions en milieu scolaires, les ateliers hebdomadaires et stages ponctuels réunissant tous les membres de la compagnie continuent à rendre possible la réécriture collective de cette pièce.
En pleine dissolution de l’Assemblée nationale, l’avenir du pays est plus qu’incertain. Le contexte politique entourant concrètement la représentation rend nécessaire la radicalisation politique de notre écriture.
Face à l’imminence du fascisme, Brecht agit comme catalyseur à nos réflexions et parait, étrangement, avoir un temps d’avance sur nous. Le montage s’engouffre plus amplement dans le texte de Brecht, le traverse en intégralité. Éva Doumbia écrit deux scènes pour l’occasion, comme point de contact avec le réel.
Pélagie Vlassova n’est plus Farida Benkhelfallah, mais une figure fantomatique qui nous précède, dont la trajectoire permet de se déplacer dans les contours de la politisation, entendu comme processus continuel, fastidieux mais nécessaire. Une figure dont chacun contient un morceau. Qui nous constitue tous en partie.
Une représentation dans la cadre du Festival Mandol’in Marseille, rassemblant plus de 400 spectateurs et 80 participants au plateau.
2024-10-17
MÈRE(S) - Étape de travail n°2 : "La troisième chose"
Spectacle présenté sur le Grand Plateau de la Friche Belle-de-Mai le 10 Juillet 2024 dans le cadre du Festival de Mandol'in de Marseille.
TROISIÈME ÉTAPE DE TRAVAIL : MÈRE(S) / L’ORATORIO
Dans le cadre de La Nuit du Conservatoire 2025, Organon Art Cie est invité le 31 décembre 2025 à produire une forme exclusive de son spectacle Mère(s) au côté de l’orchestre à plectres dirigé par Vincent Beer-Demander.
Cette dernière représentation avant le montage de la forme finale à La Criée en juin 2025 permet de traverser la totalité de la trame narrative proposée par Brecht.
Sous une forme Oratorio, les acteurs partagent le texte, au pupitre, avec le public. Les chants sont largement mis en avant, permettant d’annoncer la sortie sur SoundCloud d’un album enregistré en condition professionnelle par la compagnie.
MANUFACTURE #3 : LA DRAMATURGIE EN QUESTION :
Depuis janvier 2025, un dernier chantier d’écriture s’ouvre sur le projet Mère(s) : produire une réécriture finale du texte de Brecht, à présenter en juin 2025 au Théâtre National de La Criée dans le cadre du Festival de Marseille.
Comme pour Les Suppliantes, une réécriture, la compagnie travaille à partir d’une règle édictée par Milo Rau dans son manifeste de Gand : “si un texte classique est utilisé, il ne peut dépasser plus de 20 % de la durée de la représentation”.
Ainsi, il nous faut trouver un centre au texte de Brecht, suffisamment dense et vibrant, pour constituer un axe central à la réécriture. Partir d’une portion de l’œuvre classique pour produire davantage qu’une “réactualisation”, envisager ce matériau comme monade primaire qu’il nous faut faire métastaser. Trouver un moyen par lequel étendre organiquement la portée de La Mère pour pouvoir conjuguer celle-ci au pluriel.
Ilonah Fagotin :
Autrice et metteure en scène, Ilonah Fagotin a intégré la formation de l’École du Nord, parcours auteur, sous la direction de David Bobée, entre 2021 et 2024. Elle perçoit le théâtre comme un espace de laboratoire qui permet de mettre en expérimentation des réflexions sur le réel. Pour cela elle s’appuie sur un bagage universitaire qui lui vient de sa formation en Classe Préparatoire Littéraire aux Grandes Écoles et un master d’arts du spectacle à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis.
Au cours de sa formation à l’École du Nord, elle a l’occasion d’aller au cœur des pratiques d’artistes comme Penda Diouf, Gerty Dambury, Marc-Antoine Cyr, Nora Granowsky, Phia Ménard et Armel Roussel. Tous vont nourrir son envie de recherche de nouveaux dispositifs dramaturgiques. Elle écrit son texte de sortie Ce qu’il aura fallu en 2023 et en montre une maquette en mars 2024 au Théâtre du Nord. Elle co-écrit Tragédie spectacle de sortie du studio 7 de l’Ecole du Nord mis en scène par David Bobée et Eric Lacascade (création 2024).
C’est à ses côté que la compagnie Organon collabore à la réécriture de La Mère de Bertolt Brecht. Pour l’occasion, nous sommes reçus en résidence à La Chartreuse (Centre National des Écritures du Spectacle) durant deux semaines en février 2025.
Gauz :
L’auteur Gauz renouvelle sa collaboration au côté de la compagnie pour produire un texte exclusif, fragmenté dans le montage finale de Mère(s).
“Fille, femme, mère” raisonne en contrepoint du process de réécriture, et guide l’équipe dramaturgique vers une intuition structurante : se répéter “qu’aucune femme ne rentre jamais en politique par hasard”.
PRODUCTION FINALE - LA CRIÉE x FESTIVAL DE MARSEILLE
La compagnie plurimédia Organon propose une réécriture de la pièce La Mère de Bertolt Brecht avec les habitant·es du quartier de la Belle de Mai et la complicité des auteur·ices Gauz, Ilonah Fagotin et Eva Doumbia. Ensemble, ils et elles transforment la scène en un lieu de fête qui célèbre la puissance des mères. Cinq représentations dans le cadre du Festival de Marseille, en juin 2025.
Quatre-vingts personnes réunies sur scène, hommes, femmes et mères mobilisé·es, adolescent·es des collèges et lycées du 3e arrondissement, élèves du conservatoire Pierre-Barbizet de Marseille : le nouveau projet au long cours d’Organon Art Cie s’inscrit dans une démarche documentaire singulière qui va de recherche exploratoire en laboratoire théâtral. Ateliers collaboratifs, collecte de récits au gré des situations, croisement des pratiques artistiques et étapes de travail publiques régulières constituent le ciment de ses actions permettant aux participant·es de se cartographier. Un fil rouge fondateur qui a déjà retenu l’attention des commissaires de la 16e Biennale d’art contemporain de Lyon qui programmèrent leur précédente création inspirée des Suppliantes d’Eschyle.
Avec ce nouveau projet, la compagnie crée une œuvre composite faite de textes, de chants, de danse et de musique, témoignant d’un élan d’émancipation.
L’enjeu ? Faire reconnaître « l’existence socio-politique particulière d’une identité dépolitisée, récupérée et malmenée : celle des mères », et inviter le public à considérer le processus de création et sa restitution comme étant aussi importants que l’œuvre elle-même.
Cinq représentations ont lieu le 14, 15 et 17 juin 2025.
Une captation de la pièce intégrale est réalisée.