BELLE DE MAI À L'ASSAUT DU CIEL
Durant plus de trois années, entre 2018 et 2021, dans le quartier de la Belle de Mai, Organon Art Cie invite, enfants, ados, femmes, mamans, grands-mères, habitants et habitantes du 3ᵉ à composer une œuvre en commun autours du bataillon de la Belle de Mai, lors de La Commune de Marseille en avril 1871.
Belle de Mai à l’assaut du ciel est un spectacle de théâtre documentaire musical écrit, composé et joué par 180 adolescents sous la direction d’un collectif d’artistes pluri-disciplinaire.
Des enfants des écoles du quartier ont été sommés de faire œuvre commune en faisant un film promotionnel touristique sur leur quartier, dans le but de récolter des fonds pour sauver leurs établissements de la vétusté.
Au début de la fiction, nous les retrouvons sur un plateau de théâtre transformé en studio d’enregistrement, afin de faire la postsynchronisation de leur film.
Au fur et à mesure que cette séance au studio avance, le malaise s’installe, les esprits s’échauffent.
Une tentative d’insurrection va avoir lieu, le fantôme du bataillon de la Belle de Mai revient à la mémoire de certains : à quoi va leur servir l’Histoire au regard du présent ?
GENÈSE
Le soulèvement de la Commune s’empare de Marseille en avril 1871.
Un premier bataillon se formera dans le quartier pauvre et fortement composé d’immigrés de la Belle de Mai ; ils seront les premiers à prendre les armes et les derniers à les rendre. De ce bataillon nous connaissons peu de choses, juste sa typologie, à savoir ; il était composé de plus de 70% d’immigrés.
De quoi le bataillon de la belle de mai est-il le nom ?
C’est une narration avec un centre creux dont nous partons sonder l’écho.
Aujourd’hui, que ce quartier a malheureusement retrouvé sa stratification sociale du 19ᵉ siècle (quartier le plus pauvre de France) que se serait-il déposé de ce bataillon dans l’imaginaire de ces enfants du quartier, leurs descendants typologiques ?
Comment ce moment le plus inclusif de l’histoire de France a-t-il assimilé ces « étrangers » à ce pan de notre histoire patrimoniale ?
Et surtout en quoi les manifestations pour un habitat digne pour tous à Marseille en 2018, sont-elles des émanations de ce moment insurrectionnel de notre histoire collective ?
MANUFACTURE #1 / 2018 _ 2019
Durant les temps scolaires, nous avons proposé aux élèves composant le groupe de faire un travail de recherche à partir de trois axes que nous avons établis : l’immigration, l’industrialisation et la « Commune de 1871 ».
Ce travail s’est articulé sur 6 séances :
- une séance avec un spécialiste (historien, spécialiste de la Commune de Marseille mars avril 1871) et la compagnie pour contextualiser et donner des pistes de recherches
- une deuxième séance aux archives départementales avec le personnel pédagogique des archives, avec visite et recherches in situ
- une troisième séance avec leur professeur d’histoire et le professeur documentaliste sur les plateformes en ligne de l’INA et sur des sites référencés sur la thématique par la Cie.
- une quatrième et cinquième séance de travail sur la forme et le fond de la performance
- une sixième séance : restitution des recherches devant la compagnie et d’autres élèves sous forme d’une performance documentées artistiques.
Parallèlement à ces ateliers, hors temps scolaire, des manufactures artistiques et stages ont été organisé pour inclure de nouveaux participants à la production finale.
Divers pôles de créations ont été mis en places, en partenariat avec des structures associative et culturelle du quartier, pour ouvrir les portes au plus de personnes, de pratiques et de sensibilités possibles. Que chacun puisse prendre sa part au projet, aligné avec ses envies et outils.
Nous vous proposons de traverser cette première année de travail en découvrant les réflexions et productions mené par les participants sur le projet Belle de Mai à l’assaut du ciel.
Recherches documentaires : Démuséifier l’histoire.
Le Bataillon de la Belle de Mai est une narration avec un centre creux qui demande à être sondé. En effet, la Commune de Marseille est beaucoup moins documentée que celle de Paris, mais elle n’en est pas pour autant moins en lien avec les bouleversements sociétaux nationaux et mondiaux du XIXᵉ siècle, à savoir, l’entrée de plain-pied dans la phase industrielle pour la France, l’expansion coloniale et les flux migratoires impulsés par les développements économiques.
Depuis plus de cent cinquante ans, Marseille et notamment le quartier de la Belle de Mai, accueille une grande partie de ceux qui – d’abord Intra-européens, puis extra-européen – sont venus grossir les rangs de la main d’œuvre ouvrière.
Nous nous sommes entourés de deux historiens rattachés à la maison d’édition Promemo (Provence Mémoire et Monde Ouvrier), Gérard Leidet et Bernard Regaudiat.
Avec eux nous sommes partis d’abord géographiquement à la recherche du parcours de ce bataillon à travers les rues, les places, les restes usines, les impasses du troisième.
Nous avons tenu à démuséifier l’Histoire en anthropomorphisant notre thème.
À travers nos recherches documentaires, nos enquêtes, nous ne cherchions plus uniquement à cerner le Bataillon de la Belle de Mai mais nous en sommes venus à guetter ses apparitions, ses messages, ses fantômes, sa persistance. Le fantôme du bataillon a bien évidemment dialogué avec le fantôme de la colonisation (lui aussi encore très présents dans les corps des habitants du quartier), car le soulèvement communard de 1871 est le premier grand moment décolonial de l’histoire de France, où les dominés, les laissés pour compte de la métropole mettent en miroir leur situation et celles de leurs semblables dans les colonies.
Dans les clubs l’on débattait fréquemment d’un internationalisme très teinté d’anticolonialisme « Nous nous plaignons aujourd’hui de ce que nous sommes envahis et pillés par les prussiens, et ce, avec raison ; […] mais nous ne devons pas oublier que ce qu’on fait aujourd’hui contre nous, nous l’avons fait contre d’autres. Nous sommes allés en Crimée, en Asie, à Rome, en Algérie, au Mexique et nous avons combattu des peuples qui ne demandaient qu’à vivre avec nous ». Le ciseleur Tolain membre de l’internationale, soulevait souvent la question de l’Algérie : « Les français avaient apporté dans ce pays non pas la civilisation, mais le malheur et la servitude… » Et un autre orateur « l’Afrique ne deviendra florissante que si elle s’administre elle – même… » «… Les gouvernants français ont depuis quarante ans développés chez les soldats de la France cette férocité nécessaire pour accomplir ce que les bourreaux des peuples appellent le rétablissement de l’ordre, en vouant la belle et malheureuse race arabe à la plus révoltante spoliation et la plus odieuse extermination… ». *
Porter ces paroles devant des adolescents (quasiment tous issus de la décolonisation) les réconcilient avec l’histoire de notre pays, la Commune présentant une société non homogène, dont des pans entiers condamnent les exactions dont furent victimes les colonisés, nos aïeux pour beaucoup d’entre nous.
* L’imaginaire de la Commune - Kristin Ross Ed La Fabrique
Produire une performance des conclusions de ces recherches :
Dans le socle commun, tous les adolescents ont eu à produire une restitution de cette première traversée (historien, archives, débats en classe…) sous forme de performance documentée.
Nous avons proposé plusieurs pistes dont voici quelques axes :
-
Constitution de vraies fausses archives (écriture de corpus où sont croisées les figures de la Commune, Gaston Crémieux, Louise Michel, Clovis Hugues… Et des figures émancipatrices internationales, Thomas Sankara, Boumedienne, Martin Luther King, Malala, Angela Davis…).
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Reenactment de scènes du film La Commune de Peter Watkins.
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Karaoké communard (uniquement constitué de rap émancipateur “rap conscient”).
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Mini documentaire vidéo.
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Vrai - fausse application servant à dialoguer avec des membres du Bataillon de la Belle de Mai.
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Faux arbres généalogiques (croisant ancêtres réels et personnages historiques).
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Création de QRcode - Fabrique de parcours historique à coller dans l’établissement ou l’espace public
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Carte interactive sur les plaques de rues au nom des Communards.
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Frise historique des colères : 1789 - 2019
Sur ce projet au long cours, nous avons pour ambition que le process de création d’une œuvre soit un parcours documentaire et artistique, remaillant l’histoire de ce territoire avec les histoires des humains qui le peuple, cela au travers de la parabole du fantôme du Bataillon de la Belle de Mai.
2019-07-11
Performances - C'est pas commun, c'est la Commune
2019-07-11
Performances - Messenger
2019-07-11
Performances - Documentaire Gaston Cremieux (arthur Bouchite)
Immersion dans le réseau associatif du troisième :
Dans le quartier de la Belle de Mai se trouve un grand nombre d’associations.
Leur singularité est d’être une force civique citoyenne très active. Une sorte de “5ᵉ Pouvoir”.
Ces associations exigent, à partir de la Belle de Mai comme cas d’école, plus de justice sociale, plus d’éthique, plus d’entraide, plus de vérité. Elles sont à nos yeux la culture résiduelle de la Commune de 1871 à la Belle de Mai.
Leurs actions : restaurant associatif, association de lutte contre l’illettrisme, association pour le droit des femmes, des écoles décentes, syndicat d’habitant, conseils citoyens…. En font les héritiers légitime du Bataillon de la Belle de Mai.
La compagnie propose aux jeunes de réaliser des reportages et interviews de figures engagés dans le quartier pour découvrir plus amplement leur pratique concrète. À tous, la même question est posée : êtes-vous les héritiers du Bataillon de la Belle de Mai ?
2019-07-10
Interviews sur le fantôme de la Commune
Groupe intersectoriels, médiation, sorties culturelles :
Afin de poursuivre la confrontation des publics entre eux et à travers des œuvres artistiques, nous avons constitué des petits groupes intersectoriels dans le but de mener les jeunes voir des films (Cinéma le Gyptis), des pièces de théâtre (Friche Belle de Mai) des expos (Mucem), des concerts (Opéra) en résonance avec notre thématique.
Des parcours du spectateur sont mis en place par la compagnie pour décloisonner les espaces de productions artistiques.
Orchestre et chorale des classes CHAM :
Toujours dans cette optique de décloisonnement, Organon Art Cie lie un partenariat avec les classes CHAM du collège Longchamp et Thiers, pour former un orchestre accompagnant le projet Belle de Mai à l’assaut du Ciel.
Une multitude de styles musicaux se rencontrent, des pratiques hybrides se dessinent, à réinvestir sur scène. Les enfants de l’hyper-centre et de la périphérie de Marseille trouvent par la pratique artistique commune un espace de découverte mutuelle qui transcende les inégalités sociales déterminantes, sans les gommer.
La professeure Mme Lambert dresse un bilan pédagogique de ce partenariat :
Prendre du recul sur la pratique artistique individuelle et collective
Le projet a permis à l’ensemble des élèves de la classe de développer l’expressivité, par l’aspect « work in progress » du spectacle : sans cesse en devenir, les élèves-musiciens ont dû adapter leur interprétation tout au long de l’année : tout d’abord dans les répétitions séparées (première appropriation), puis rassemblées (chœur et orchestre) et enfin sur scène (adaptation du corps à l’espace).
Mobiliser des techniques vocales et corporelles au service d’un projet d’interprétation ou de création musicale
Les pièces vocales ou instrumentales ont été composées spécifiquement pour les élèves (tessiture vocale, matériel orchestral), ce qui a assuré un aller-retour permanent entre l’évolution du projet et l’interprétation des chanteurs ou instrumentistes.
Réaliser des projets musicaux d’interprétation ou de création
La réalisation de projets artistiques est un point essentiel des classes à horaires aménagés. Dans ce sens, le spectacle a parfaitement répondu aux attentes pédagogiques : élaboration en concertation avec les partenaires professionnels, adaptation aux contraintes de temps (calendrier à respecter) pour un apprentissage efficace, restitution devant un public varié.
Contribuer à l’élaboration collective de choix d’interprétation ou de création.
Participer à un tel projet implique de comprendre et suivre les règles en société, par exemple par la compréhension des consignes (sur le plateau, en répétitions).
Les élèves apprennent aussi à travailler en collaboration (avec d’autres élèves d’autres établissements, avec des professionnels) et en coopération (motricité sur scène au sein d’un grand groupe, sans perdre de vue l’aspect théâtral). Très intéressant à gérer avec des élèves musiciens qui souvent sont statiques sur scène.
Ils apprennent enfin dans ET en dehors de l’école. C’est tout l’intérêt de ce type de projet « hors-classe ».
Réalisation d’un film à diffuser dans la production scénique finale :
Organon Art Cie fonctionne en “modules” autonomes les uns des autres, manufactures indépendantes, dont les productions servent à la création d’un projet scénique final pluridisciplinaire. Chaque module explore des espaces d’interrogations, des esthétiques ou des méthodes qui lui sont propres. Cela en maintenant le soucis d’une liaison organique au reste du projet dans lequel ils prennent corps.
Ici, un projet de création partagée avec l’association Les Têtes de l’Art est organisée par la réalisatrice Dorothée Sebbagh, proche alliée de la compagnie depuis ses débuts.
Elle est épaulée par Valérie Trébor et Fabien-Aïssa Busetta.
“Après de nombreuses expériences d’ateliers de pratiques cinématographiques (écriture, tournage, montage) en milieu scolaire, universitaire ou psychiatrique, j’ai envie de faire un pas de côté et de sortir du cadre de l’institution. La proposition de travailler avec les têtes de l’art et des jeunes gens du quartier de la Belle de mai ne peut que m’emballer”.
Depuis plusieurs décennies sévit dans le monde un phénomène touristique dit « de niche » (sans doute en opposition au tourisme de masse), appelé le « slum tourism ». Il s’agit de proposer à des touristes la possibilité de visiter un pays en pénétrant ses bidonvilles, ses zones de pauvreté pérennisées, sous la forme de « safari humain » ou de visites guidées à travers ces endroits glamourisés parfois par les regards occidentaux… Littéralement traduit « slum tourism » veut dire : « tourisme des taudis ».
Le projet de l’atelier est né d’une fiction inventée à partir des évènements récents – ou plus anciens – qui ont secoué la ville de Marseille autour des questions de logements indignes, de la gentrification – avérée ou rêvée par certains – du centre-ville populaire et du quartier de la Belle de Mai.
Cette fiction, c’est l’idée que des jeunes gens seraient amenés – pour aider au financement de rénovation de leurs écoles – à réaliser un film de promotion pour du « Tourisme des taudis » à travers leur quartier de la Belle de Mai.
Est associé à cette fiction – ou science-fiction d’anticipation – une recherche historique autour de la forte implication du bataillon de la Belle de Mai lors de la Commune de Marseille de 1871. Ce travail de recherches a été dors et déjà mené par Valérie Trébor et Aïssa Busseta lors d’ateliers de pratiques artistiques.
Le travail de cet atelier cinéma consistera plus précisément à interroger les représentations majoritaires des lieux qui nous entourent (à travers les médias, l’univers publicitaire ou les supports touristiques justement) à en décortiquer les techniques, les méthodes, jusqu’à pouvoir s’en emparer pour réussir à en faire une critique à partir de l’ironie, de la parodie, du pastiche…
Il s’agira donc in fine de concevoir et réaliser ce film de promotion de « slum tourism » à travers le quartier de la Belle de Mai et faire craqueler ce vernis au fur et à mesure jusqu’à la révolte de ces jeunes qui ne peuvent pas accepter de faire ce qu’ils sont en train de faire.
Le film se retournera-t-il contre lui-même ?
Tous ces motifs et même ce récit, s’écriront avec les participants à l’atelier.
Nous commencerons par le visionnage d’extraits de plusieurs films sur le sujet ainsi que des vidéos sur ce phénomène du « slum Tourism ». Il s’agira de regarder précisément et de décrypter puis de construire à partir des analyses que nous mènerons collectivement.
Nous poursuivrons par des repérages à travers le quartier de la Belle de Mai afin de déterminer nos lieux de tournage suite à nos décryptages et à notre trame de construction.
Ensuite, nous tournerons les images et les sons ensemble dans le quartier.
Les participants pourront assister ou passer à plusieurs moments du montage.
Enfin, nous projetterons le film collectivement afin de voir le résultat fini.
2019-07-11
Film promotionnel sur le Slum Tourism à Marseille
Ethan, Sacha, Yoel et Arthur, quatre participants du projet, ont réalisé des making of de cette étape de travail.
2019-07-11
Making of du stage vidéo (Ethan Sacha)
2019-03-04
Making Of du tournage Belle de Mai
Première étape de travail, représentation publique :
Le 4 et 5 mai 2019, sur le Grand Plateau de La Friche de la Belle de Mai, une première restitution publique du travail mené jusqu’alors est organisée. Sa volonté n’est pas de produire une forme définitive et figée de ce que Belle de Mai à l’assaut du Ciel peut contenir, mais bien plus de faire un point d’étape permettant de diagnostiquer les forces et faiblesses du projet.
S’y assemblent, dans un montage résolument protéiforme, toutes les productions des modules artistiques évoqués ci-dessus.
2022-04-07
Belle de Mai à l'assaut du ciel - Spectacle 2019
MANUFACTURE #2 / 2019 _ 2020
Pour sa deuxième année nous avons poursuivi comme il était prévu le projet de septembre 2019 au 15 mars 2020.
Nous avons déconstruit l’œuvre à laquelle nous voulions aboutir, en autant d’ateliers participatifs nécessaires à la construction de notre édifice.
Les élèves participants au projet sont acteurs de chaque étape, de l’appropriation du thème à sa maturation, de la conception à son aboutissement public.
En fonction des rapports temps scolaires / hors temps scolaires nous avons sérié les ateliers afin d’aboutir à deux formes fin mai: un grand spectacle et une forme déambulatoire de feuilleton théâtral dans différents lieux du 3ᵉ et de l’hyper centre-ville.
Atelier hebdomadaire du samedi :
Pour poursuivre avec rigueur le développement du projet, un rendez-vous hebdomadaire est fixé au samedi, réunissant un maximum de participants pour pratiquer et avancer dans l’écriture de la structure finale.
Ces moments de travail à la Friche la Belle de Mai permettent aux participants de découvrir de nouvelles pratiques : danse, chant, musique, écriture, théâtre, vidéo, photographie, performance, etc…
Atelier scolaire
Un atelier est organisé au sein de deux écoles du quartier : National et Cadenat. Organon y propose aux élèves d’écrire, en autre, des chants en résonance avec le fantôme du bataillon de la Belle de Mai.
Ce sont plus de 300 enfants qui, entre 2018 et 2020, partent à la recherche de ce fantôme, essaye d’en dessiner les contours. Ici encore, Organon Art Cie utilise son aptitude à la pluridisciplinarité pour multiplier les propositions d’ateliers faites aux enfants.
Avec le lycée Victor Hugo, plusieurs interventions sont organisées. Ces espaces permettent de composer un livret, recueil des productions écrites faites par les élèves durant toute cette année.
Exposition Sur Pierres Brûlantes :
En août 2020, une exposition collective est organisé par Triangle Astéride à la Friche de la Belle de Mai dans le cadre de Manifesta 13.
Certaines villes vous tendent la main et vous regardent dans les yeux avant de vous absorber dans la foule mouvante de son corps collectif, au contact de ses sons, de ses vides, et de ses coins de rues d’un autre temps où se déroulent tant de romans-fleuves.
Sur Pierres Brûlantes est une exposition prenant pour point de départ les œuvres de quatorze artistes travaillant dans les ateliers de la Ville de Marseille – une de ces villes “brasier dont le cœur s’étend à mesure qu’on le pénètre”, où chaque pas, chaque pierre et chaque visage semblent rapprocher les continents.
Nous avons dès le début de ce projet suscité l’intérêt de nombreux artistes impliqués dans la vie culturelle de notre cité. C’est ainsi que le plasticien Artur Eskenazi, résident des ateliers de la ville de Marseille nous a proposé d’exposer à sa place au sein de la manifestation « Sur pierre brulante » organisé par Triangle-France/Asterides.
En collaboration avec cet artiste et la curatrice de l’expo nous avons choisi d’exposer une sélection de deux années d’archives documentaires (audio, films, photographies, archives historiques, journal de mur, QRcodes interactifs...) sur l’espace central et périphérique de l’exposition. Sur trois étages d’escaliers, les halls, et la galerie centrale, la révolte se joue, se chante, se lit.
Nous avons mis en place 4 sessions de performances photographiques avec les habitants et les jeunes du quartier dans l’espace public (Place Cadenat) entre juillet et aout 2020, qui a permis de prendre en photos plus d’une centaine d’habitants et les inclure dans l’exposition.
Cette invitation que nous n’avions pas planifiée nous a permis de valoriser davantage la manufacture de « Belle de mai à l’assaut du ciel » comme étant aussi essentielle que le produit fini ; en faisant par là un geste artistico-sociétal renouant avec le concept du luxe Communal développé en 1871 et dont l’éducation populaire et la culture pour tous sont issus. Cette opportunité nous a permis d’inviter toutes les familles ayant participé au projet de se reconnaitre, de se sentir valorisé, dans les étages de la Friche que les habitants de ce quartier ont peu d’occasion de s’approprier.
Cela nous a permis aussi d’ouvrir une collaboration avec Triangle- France/Asterides sur un volet médiation culturelle ; jamais auparavant cette structure n’avait accueilli autant d’habitants de la Belle de mai. Nous avons mis en place 3 médiations avec des jeunes ados et des femmes du quartier.
Deuxième étape de travail, restitutions publiques :
Plusieurs temps, lieux et évènements nous permettent de proposer des restitutions publiques du travail mené sur cette deuxième année.
Au jardin Spinelly ou au théâtre Toursky avec les élèves d’écoles primaires, mais aussi dans le cadre de l’exposition Sur Pierres Brûlantes où des performances de groupe ont lieu.
Adaptation durant covid et post-covid :
Au sortir du confinement nous nous rendons bien compte que notre action ne pourra être conduite sur les modalités défini avant l’épidémie. En réponse nous sommes en train de transformer notre cycle de performances dans l’espace public, Belle de mai à l’Assaut de la Rue, en journal de mur.
Dès le début du confinement, faisant préalablement partie du CHO3 et de l’An 02, nous nous sommes engagés dans l’entraide du 3ᵉ.
Nous nous sommes vite rendu compte que nous croisions au sein de l’entraide beaucoup de parents, d’enfants et d’ados travaillant sur notre projet. Notre socle thématique au travers de l’histoire de ce Bataillon de la Belle de Mai pendant la Commune de Marseille en 1871, montre comment il y a 150 ans, dans ce quartier déjà pauvre, des gens se sont soulevés pour réclamer un nouvel ordre social, fondé sur la justice, et appeler de leurs vœux une société de coopération et de secours mutuel.
C’est cela que nous avons vu apparaitre pendant le confinement à la Belle de Mai et plus généralement dans le 3ᵉ.
Parallèlement à notre action et bien que physiquement empêchés nous n’avons cessé de maintenir le lien avec les enfants et les ados. Nous avons poursuivi les ateliers hors temps scolaire via la plateforme zoom tous les samedis. Nous avons maintenu le lien avec les enfants des écoles primaires ; par mail, groupe WhatsApp, plateforme CNED avec la classe virtuelle, appel téléphonique à chaque famille, enregistrement des chants par WhatsApp, atelier danse en Visio, tutos danse, chorale, envoyés par les groupes des classes, ateliers d’écriture par zoom, atelier musique et orchestre à distance via WhatsApp, et atelier image et vidéo.
MANUFACTURE #3 / 2020 _ 2021
Pour sa troisième et dernière année le projet s’est développé sur un spectre plus large avec des jeunes (9 ans - 21 ans) toujours plus sensibles à la musique orchestrale et chorale et à sa force scénique et au théâtre documentaire.
Nous avons également agrégé les adultes habitants du quartier et membre du CHO3 Nous avons maintenu les partenariats engagés les années précédentes avec les écoles primaires : Cadenat et National mais avec plus de classes impliqués.
Le collège Quinet avec qui nous avons signé une convention et le lycée Victor Hugo sous un dispositif PAREX. Et en hors temps scolaires nous avons eu une trentaine de jeunes qui participent aux ateliers du samedi après midi et sur des stages pendants les vacances scolaires. Une cross pollinisation par les jeunes eux-mêmes permet de mobiliser de nouveaux jeunes sur le projet.
Afin de poursuivre notre travail de Journaux de Murs et de permettre la création de performances artistiques dans les quartiers pour et avec les habitants et les associations actives sur le champ sociétal, dans le QPV, nous allons mener une série d’ateliers artistiques en hors temps scolaires.
Pour les commémorations des 150 ans de la Commune nous avons pu mener à bien le projet de podcast en partenariat avec Radio Grenouille.
Comme les années précédentes, nous organisons des temps de médiation, des parcours du spectateurs, pour voir des spectacles de théâtre ou spectacles musicaux.
Un partenariat avec les ateliers Passerelles du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence s’organise pour faciliter ce travail de décloisonnement artistique.
Nous sommes très attentifs à ce que l’encadrement par les artistes pédagogues soit présent au long cours, des ateliers artistiques, aux médiations, jusqu’aux créations finales.
Création d’un feuilleton radiophonique :
Un dernier temps de création important sur le projet se dessine durant cette troisième année. La production d’un feuilleton radiophonique, fiction retraçant les enjeux socio-politique glané par le groupe de participants au cours des années précédentes.
« L’Histoire est toujours fragmentée en autant de facettes que ce qu’il y a d’humains qui la traversent. Auprès des habitants nous n’avons eu de cesse de mettre en perspective les histoires intimes et collectives, aidant par là à renforcer la sensation de cohésion sociale.
Ce travail se modélise comme une réponse au fonctionnement néolibéral de nos sociétés occidentales (qui cherchent à démontrer que chacun vit dans une réalité incommensurable). De fait, on tente de penser l’individu en tant que citoyen et de réfléchir dans ces œuvres à la notion de société comme un projet inclusif et intersectionnel.
Comme terreau thématique et documentaire, on se sert de l’histoire du bataillon de la Belle de Mai lors du soulèvement de la Commune de Marseille en 1871.
Si le fantôme du Bataillon de la Belle de Mai hante encore les rues et les impasses de ce quartier, quelles formes, quels sons, quelles associations en sont les dépositaires ? Profitant du silence du confinement, ce fantôme hante le monde d’après. »
Plutôt que de dérouler une reconstitution historique, archivale et muséale des événements qui à partir de mars 1871 ont bouleversé Paris, Lyon et Marseille, nous avons choisi de donner carte blanche à un jeune artiste.
À peine âgé de 18 ans, Karime, est étudiant en école de cinéma, hyper actif et engagé, il vit et travaille dans le quartier de la Belle de Mai.
Mais cessons là les discours et laissons Karime se présenter par lui-même, car son histoire personnelle a beaucoup à nous apprendre sur l’Histoire, celle avec un grand H, et surtout elle ne manquera pas de vous surprendre.
Journaux de Murs :
Le projet creuse le sillon d’une éducation populaire inclusive, tout en respectant et anticipant les mesures liées à l’épidémie passé et à venir.
Travailler sur un journal de mur laisse aux adolescents et aux habitants du quartier la possibilité d’une agora artistique et sociétale d’une grande visibilité dans l’espace public.
Il nous semble important que 25% de ces journaux de mur soit consacré aux informations sanitaires et sociales (en trois langues, français – arabe – comorien) mis à jour régulièrement entre deux vagues épidémiques au cœur de ce quartier déjà fragile.
Restitutions et performances :
Plusieurs restitutions et performances de différentes natures s’organisent pour clôturer la troisième année du projet.
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Samedi 22 juin au CAL BUSSERADE : chorale, danse, rap
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Dimanche 6 juin au jardin Levat : chorale, danse, vidéos, journaux de murs et affichage des textes produits.
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Lundi 21 juin et mardi 22 juin à l’École National : chorale, danse et textes
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Mardi 22 juin au Collège E. Quinet : Danse, texte/théâtre, RAP, journaux de murs, vidéos et audios
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Samedi 26 juin : Bloc Party au CAL Busserade
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Mardi 29 juin à l’École Cadenat : Chorale et textes.
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Mercredi 25 août : Festival Hip-Hop Non Stop au Théâtre Sylvain : Présentation du duo MLD/Winston
RÉFÉRENCES
Belle de Mai à l’assaut du Ciel est un projet sur le long court, dont le caractère historique constitue le point d’ancrage majeur, dense politiquement et théoriquement.
Les allers-retours produit avec l’histoire méconnue du Bataillon de la Belle de Mai, lors de la Commune de Marseille en 1871 nécessitent une connaissance fine et solide des réalités socio-politiques actuelles et passées du quartier.
En dehors d’une connaissance empirique de la Belle de Mai, spontanément produite par le statut d’artiste-habitants propre aux fondateurs de la compagnie, il nous apparait nécessaire de densifier notre documentation historique en rapport avec le projet.
Pour cela, plusieurs productions nous sont utiles.
- L’imaginaire de la Commune de Kirstin Ross
- La Commune de Peter Watkins
- Audio Aïssa sur Le luxe communal